Premières difficultés pour Twitter ?

Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer un service que toute la presse encense et qui crée un engouement médiatique comparable à Second Life à l’époque. Mais comme je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises (Le débat “Twitter” de l’Express : voilà ce qui arrive quand on n’utilise pas les bons outils et Attention aux chiffres et à l’engouement médiatique : l’exemple Twiter), l’engouement médiatique est certain puisque les journalistes font partie avec les marketeurs, les “social media experts”, les célébrités et les hommes politiques des populations sur-représentés dans les utilisateurs Twitter.

Et oui, et c’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles à mon sens Twitter (le service et non l’usage) ne deviendra pas grand public en France. L’engouement Internet semble également retombé et je suis content de voir que l’on commence à être quelques uns à émettre des doutes sur le succès à long terme de Twitter. Le but ici n’est pas de parler de la monétisation du service qui est un sujet à part entière (voir le récent article de Fred sur le sujet : Twitter est-il définitivement corrompu ?) et l’arrivée des tweets sponsorisés (Peut-on vraiment rémunérer des Tweets ?) prouvent que les choses ne vont pas nécessairement dans le bon sens. Quelques phrases que j’ai glânées au hasard de mes lectures :

  • In fact in Twitter, if you remove journalists, politicians, celebrities, geeks, bloggers, companies… it remains only a few active users…- Cédric GIORGI (http://twitter.com/cgiorgi)
  • “[Twitter] has now become the playfield of a thousand cheap marketers, social media “experts” and 10,000 people who auto-follow the other 10,000 people.” – Jorge ESCOBAR

Juste pour rappel, en juin, Twitter en France comptait… 125 000 utilisateurs dont certains titres d’articles me font toujours sourire sur le phénomène Twitter.

  • Le jeudi noir

Hier, Twitter a connu une attaque sérieuse et a été down pendant plusieurs heures (Hackers attack Twitter…). Rien de nouveau pour les habitués de la baleine à l’époque où Twitter avait du mal à encaisser la montée en charge côté serveur. Ce jeudi, le problème était tout autre et lié manifestement à la sécurité de l’infrastructure. Je vous conseille la lecture de cet article de Wired qui explique que selon des experts sécurité, cette attaque et la non capacité à y répondre de Twitter était prévisible : Twitter, Facebook attacks no surprise to security experts. D’autres diront que c’est la rançon du succès mais il faudra voir la capacité de Twitter à sécuriser tout cela pour éviter d’autres attaques à l’avenir.

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D’un point de vue usage, il est intéressant de voir le report important d’une partie des utilisateurs sur Facebook avec l’utilisation des statuts (+ de 600% d’augmentation de l’usage des statuts par rapport à une moyenne à la même heure). La preuve supplémentaire que sur le terrain des conversations instantanées, ces deux acteurs jouent dans la même cour et qu’un service peut remplacer l’autre (Facebook vs Twitter : qui sera la “Live Conversation Platform” ?).

Toujours d’un point de vue sécurité, il y a quelques semaines des informations confidentielles autour de l’évolution de Twitter avaient filtrées (Des centaines de documents confidentiels sur le site de microblogging Twitter volés et diffusés sur le web). Un problème de confidentialité d’informations qui est à ajouter dans la case “sécurité”…

  • Les jeunes n’utilisent pas Twitter

C’est en tout cas le résultat d’une étude parue il y a quelques semaines, par l’Université américaine Pace ainsi que l’organisme Participatory Media Network. Selon cette étude réalisée auprès de 200 répondants âgés entre 18 et 24 ans, 99 % d’entre eux possèdent un profil d’utilisateur dans un site Internet communautaire comme Facebook, mais moins du quart (22%) des participants utilisent Twitter. Cela tend à confirmer que pour Madame Michu, comme pour des Digital Natives, l’usage et les bénéfices apportés par Twitter ne sont pas immédiats, au contraire du réseau social Facebook.

Est-ce qu’alors Twitter n’aura qu’un usage professionnel réservé aux entreprises et marketeurs ? Je ne pense pas, puisque la part réservée aux informations liées aux célébrités est important (Britney Spears, Ashton Kutcher font partie des personnes les plus suivies…et toujours selon cette étude, parmi les jeunes qui utilisent Twitter, 85% d’entre eux ont indiqué qu’ils aiment bien le service de microblogging pour suivre leurs amis, alors que 54% des participants s’en servent plutôt pour suivre le quotidien de célébrités.). Toutefois, Twitter a des chiffres de croissance insolents mais la sureprésentation de cibles parmi les utilisateurs risquent de ne pas permettre à Twitter de devenir le service mainstream…

  • La règle des 80 / 20 voire des 80/10

Même si le but premier de Twitter est de partager des informations, finalement il y a plus d’utilisateurs “spectateurs” que d’utilisateurs “acteurs”, ce qui pose d’une certaine manière un problème par rapport à l’usage premier du service. Comme l’exprimait très justement Fred dans Enfin des données statistiques sur Twitter, même si les chiffres de croissance sont excellents, les chiffres de participation et d’utilisation le sont moins : 21% des utilisateurs n’ont jamais rien publié, 5% des utilisateurs génèrent 75% de l’activité (10% en genèrent 86%).

  • Et si les early adopters quittaient le navire ?

Epiphénomène ou véritable tendance à l’avenir ? De la même manière qu’une partie des utilisateurs ne voient pas le bénéfice d’utiliser Twitter pour microblogger quand dans le même ils peuvent publier leur état d’âme ou faire suivre des liens depuis leurs statuts Facebook, il semble que les premiers early adopters du service comme Robert Scoble (You are so Unfollowed !) voit l’utilité d’un report vers Friendfeed.

Par rapport à une niche comme celle des experts du Web, Friendfeed permet d’échanger facilement entre cette population dans des groupes sur Friendfeed, ce qui rend d’une certaine manière l’usage de Twitter moins intéressant pour suivre des personnes. Je vous conseille à ce propos cet autre article sur cette tendance : An adventure unfollowing all the people I followed on Twitter (without a happy ending). La question posée est bien entendu celle de la mutliplication des outils pour un usage proche. La convergence des usages et des besoins fera que demain un même outil réunira plusieurs usages et qu’à ce sens, comme je l’exprimais dans Les 5 raisons pour lesquelles Twitter ne deviendra jamais grand public, Twitter ne me semble pas le mieux armé…

15 commentaires pour “Premières difficultés pour Twitter ?”

  1. Posté par Premières difficultés pour Twitter ? » Nhan Images a dit : le

    [...] Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer un service que toute la presse encense et qui crée un engouement médiatique comparable à Second Life à l’époque. Mais comme je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises ( Le débat “Twitter” de l’Express : voilà ce qui arrive quand on n’utilise pas les bons outils et Attention aux chiffres et à l’engouement médiatique : l’exemple Twiter ), l’engouement médiatique est certain puisque les journalistes font partie avec les marketeurs, les “social media experts” Original post by Premières difficultés pour Twitter ? [...]

  2. Posté par Cédric DENIAUD a dit : le

    L’engouement médiatique commence à être remis en cause. Le NouvelObs publie “Twitter : un pétard mouillé ?” (http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/vu_sur_le_web/20090806.OBS6695/)

  3. Posté par Adrian a dit : le

    Les groupes sur friendfeed sont pour la plupart peu actif. La possibilité de suivre une recherche sur twitter maintenant reprend en partie cette feature de groupe. Un groupe sur twitter est constitué de toutes les personnes utilisant un certains hashtag. Est-ce suffisant pour créer une identité de groupe et maintenir un tel groupe sur du long terme?

    D’autres se posent des questions sur les multiples usages de Twitter: http://codybrown.name/2009/08/06/myspace-is-to-facebook-as-twitter-is-to-______/

    Twitter est très lent à intégrer de nouvelles fonctionalités que l’on peut utiliser sur des applications comme le retweet et la création de groupes “d’amis”. Le service reste extrêmement simple. Cela permet à l’ecosystème de Twitter d’être plus créatif sur les usages possibles du service: customer service, marketing, journalisme, réseau social, … Twitter est le premier service qui regoupe toutes ces conversations.

    Facebook essaie: fan page, nouvelle home page et bientot des status update publiques. D’autres services comme Disqus ou friendfeed travaillent aussi sur l’aggrégation des conversations. Reste qu’il me semble que Twitter et Facebook vont s’opposer de plus en plus. Facebook copie déjà les fonctionalités de Twitter (et friendfeed). On va avoir d’un côté Facebook fermé qui tente de s’ouvrir plus pour intégrer plus de conversations et permettre plus d’usages. Et de l’autre Twitter, ouvert qui laisse ses utilisateurs trouver les usages. Dans une telle confrontation l’ouverture semble l’emporter le plus souvent. Les développeurs peuvent s’éclater plus avec une plateforme aussi ouverte que Twitter, les marques peuvent controller plus de choses, les utilisateurs peuvent trouver des usages qui sont personnalisés pour eux.

    RFacebook a essayé et continue de tenter de tuer Twitter dans l’oeuf mais c’est peut etre déjà trop tard. Twitter doit assurer la pérénité de son écosystème et pourrait ne pas être qu’une mode.

  4. Posté par Je veux devenir Mon Propre Patron » RT : Premières difficultés pour Twitter ? a dit : le

    [...] Lu sur MediasSociaux/com : Premières difficultés pour Twitter ? [...]

  5. Posté par Alain Risbourg a dit : le

    Cédric,

    Une petite remarque pour corriger ton intéressant post sur les problèmes de “sécurité” de Twitter et “les informations confidentielles autour de l’évolution de Twitter qui avaient filtrées”. Si ces informations stratégiques de Twitter ont pu être piratées, c’est parcequ’elles étaient stockées sur Google Docs de manière non protégée : En effet,la façon dont les managers de Twitter géraient leurs mots de passe et informations personnelles n’étaient pas ‘secure’. Ce problème n’avait donc rien à voir avec le niveau de sécurité que Twitter, en tant que média social peut (ou ne pas) offrir.

    Sur le fond de ton article, je te rejoins sur le fait que Twitter ne sera sans doute jamais un media Grand public, par contre c’est un bon outil au niveau professionnel dont les concurrents peuvent être aussi bien Facebook (voire LinkedIn) que des outils comme FriendFeed, Seesmic ou TweetDeck.

    Ceci dit, l’une des questions qui subsiste est celle de savoir si les outils ‘grand public’ et les outils ‘professionnel’ seront/resteront distincts (la vision de LinkedIn)ou si cette différence d’outils utilisés s’estompera (la vision de Facebook)…

  6. Posté par Cédric DENIAUD a dit : le

    @Alain,

    Si cela a un problème, non pas d’un point de vue technique mais d’un point de vue processus et stratégique. Une entreprise qui ferait de la sécurité sa priorité ne mettrait pas d’informations confidentielles sur Google Docs de manière non protégée. Donc pour moi cela rentre totalement dans le cadre de la politique sécurité de Twitter.

  7. Posté par Stan J a dit : le

    Facile de critiquer la sécurité de twitter, mais en même temps que peut-on faire face à une attaque DDOS à part rien ?

    En ce qui concerne les jeunes, combien connaissent-ils seulement twitter ? et combien savent à quoi cela sert réellement ? Je vois beaucoup d’amis créer leur compte et me demander : “mais à quoi ca sert ??”. Je vois donc 2 choses :
    - le service est jeune, méconnu.
    - Les jeunes ont-ils seulement besoin de twitter quand ils ont facebook? Facebook permet beaucoup plus de choses pour les jeunes (photos, vidéos, chat, gestion de la vie privée). Il est aussi plus sociabilisant.

    Leur absence de ce twitter est donc logique.

    Quant à FriendFeed, ca fait longtemps que les early adopters s’y dirigent tout doucement. (Même si on ne fait que de s’en apercevoir en France).

    Ce service reste assez méconnu également car il n’est pas aussi simple que twitter mais il est bien plus puissant que twitter. Ce n’est donc pas anodin si les grands gourous des réseaux sociaux s’y logent (Scoble, Louis Gray, … et en France narvic et Nicolas Voisin)

    A ce propos, je me permet de rectifier un peu :
    L’intérêt de FriendFeed ne réside pas principalement dans les groupes. FriendFeed est en fait comme twitter… mais en mieux : gestion de listes de contacts, recherches sauvegardées, groupes, discussions en un seul fil, gestion optimisée de la timeline etc etc.

  8. Posté par Darkplanneur a dit : le

    Merci pour ce point de vue intéressant.
    Néanmoins, j’ai du mal à partager cette obsession à vouloir faire rentrer Twitter dans la case “média de masse”, un “Facebook like”.

    Pour moi Twitter doit rester un média de niche, à haute valeur ajoutée (intelligence, influence, veille, profil d’utilisateur…).

  9. Posté par Jean-Marie Gall.com » Blog Archive » Melting Pot de News 2.0 No. 40 a dit : le

    [...] Premières difficultés pour Twitter ? by Cédric de Média Sociaux.com [...]

  10. Posté par Toucouleur a dit : le

    @Darkplanneur : typiquement des utilisateurs comme vous, utilisent d’avantage Twitter comme un véritable outil de communication à sens unique.

    La limite de ce média de niche, ne tient pas tant à la capacité de 5% de ses utilisateurs a fournir 90% du contenu, mais à ce que ces 5% contribuent à créer des réseaux ou des groupes d’individus qui échangent l’information pour y donner une dimension et une compréhension différente de celle que l’on aurait en microbloguant ou en bloguant seul (ce qui semble être votre cas Darkplanneur, sans critique aucune de ma part)

  11. Posté par Marketing social & médias sociaux : revue de presse du 11 août 2009 a dit : le

    [...] Lire la suite sur MédiasSociaux.com [...]

  12. Posté par rom1 a dit : le

    Billet très intéressant!

    La question des plateformes est au cœur de nombreux travaux de recherche en stratégie.

    Il ne s’agit plus simplement de vendre un produit ou un service mais de créer un écosystème autour de la plateforme.
    Pour cela il est nécessaire d’exploiter de multiples formes d’effets d’effets de réseaux et notamment des effets externalités de réseau croisées.
    En effet, plus il y a d’utilisateurs sur twitter/Facebook (t/F) plus les non utilisateurs sont incités à rejoindre la plateforme : rendements informationnels croissants , effets de réseaux sociaux…
    Mais également plus il y a d’utilisateurs plus les développeurs d’applications ont intérêt à développer pour cette plateforme…
    et plus il y a d’applications plus les utilisateurs vont vouloir rejoindre la plateforme…
    etc..

    J’ai l’impression que facebook place ses utilisateurs à la 1e place (nombreuses consultations de la communauté, etc) quand tweeter fait davantage d’efforts pour les développeurs…

    Du point de vue des résultats :
    Si le public est différent, on le voit bien, le type d’applications et leurs niveaux de qualité sont bien différents d’une plateforme à l’autre…

    Mis à part les choix stratégiques, ne pourrait-ont pas imputer ça, au moins en partie, à la personnalité des fondateurs respectifs de ces sites? <<<<<<<Les créateurs de twitter ayant gardé leur âme de geek ^^

  13. Posté par Dany a dit : le

    “Juste pour rappel, en juin, Twitter en France comptait… 125 000 utilisateurs dont certains titres d’articles me font toujours sourire sur le phénomène Twitter.”

    Serait-il possible de savoir quelle est la source de ce chiffre?

  14. Posté par gael a dit : le

    Twiiter va bientôt s’essouffler ! Pas tout de suite bien entendu mais dans 2ans à mon avis.
    Gael

  15. Posté par Quoi de neuf sur le Web : la revue de presse. | Upperkut blog - pub, design et réseaux sociaux a dit : le

    [...] 6)  PREMIÈRES DIFFICULTÉS POUR TWITTER ? [...]

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