Quand le député Lionel Tardy pose la question : peut-on tweeter partout, tout le temps ?
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Vous avez tous suivi l’élimination en Coupe du Monde et la débâcle autour de l’équipe de France et notamment son entraineur Raymond Domenech. Cette semaine, à l’invitation d’une commission culturelle à l’Assemblée Nationale, il était reçu, tout comme Jean-Pierre Escalettes, président de la FFF. Ce n’est pas tant cet événement qui m’intéresse ici mais plutôt la large polémique médiatique sur le fait que le député Lionel Tardy, bien connu pour son utilisation fréquente de Twitter (@deputetardy) qui entoure sa non autorisation à utiliser Twitter pendant l’audition privée. La presse en ligne notamment s’en ai fait largement l’écho ces derniers jours :
- Twitter dans le collimateur des députés (20minutes)
- Lionel Tardy, ce député « traître » qui a « twitté » l’audition d’Escalettes (Le Point)
- L’audition Domenech – Escalettes twittée par un député UMP (Libération)
Hors mis, le « coup de comm » que s’est ainsi payé ce député qui n’en était pas à son premier galop d’essai (La colère UMP en direct sur Twitter), ce qui m’intéresse c’est de se payer la question plus globale de « Est-ce que l’on peut tweeter partout, tout le temps ? ».
Les médias sociaux sont omniprésents et grâce aux supports mobiles, nous pouvons désormais être conecté partout, tout le temps. La question est alors de savoir quoi et quand partager afin de savoir placer ses propres limites dans la diffusion d’informations privées (cf : Vie perso/pro et vie privée/publique). Le deuxième point qui m’intéresse plus n’est pas nécessairement ce qui peut ou pas être dit, mais c’est de savoir, si dans le cas de Twitter, il est opportun de laisser la possibilité de twitter en tout lieu. Je vous propose de voir cela au travers de quelques exemples :
Utilisation de hashtag pendant un séminaire
Afin de faciliter et de permettre aux internautes de pouvoir suivre les échanges dans le cadre d’un événement ou d’une conférence, l’organisateur propose un hashtag à utiliser. Mais si vous savez, si vous utilisez twitter, un mot clé intégré dans un tweet permettant par la suite de voir tous les tweets utilisant le même hashtag. Pratique !
La NFL (Ligue Américaine de Football Américain) interdit aux joueurs de twitter pendant les matches.
Cela peut vous sembler fou mais la NFL a du il y a quelques mois interdire à ses joueurs de twitter pendant les matchs : Twitter effraie les patrons du football américain. La raison est celle des droits de retransmission. Un joueur qui diffuse de l’information créé alors son propre canal d’information, non contrôlé et surtout hors des droits de retranmission payés par les supports. Cela est d’autant plus vrai s’il s’agit par exemple de contenus photos ou vidéos qui offriraient alors la possibilité aux internautes d’être plongés au coeur des coulisses du match… et ce gratuitement.
L’été dernier, un précédent notable et toujours dans le domaine sportif, sur cette question de la problématique des contenus diffusés gratuitement sur Internet pendant que les chaînes payent des droits de retransmission, était celui de Lance Armstrong. On le sait : à travers sa fondation, Livestrong, Lance Armstrong a une politique très avancée dans l’utilisation des médias sociaux pour orchestrer sa communication (cf : Livestrong.com, Armstrong champion du 2.0 !). Pendant le Tour de France, pendant qu’il se limitait au mimimum syndical pour les interviews avec les télés et journalistes, il réservait tous les soirs ses impressions et interviews de d’autres cyclistes sur son site Internet, relayé sur son compte Twitter (qui compte plus de 2 millions de followers à date). A l’heure où l’on parle énormément de la monétisation des contenus et de la perte des revenus des médias classiques, Internet et la gratuité de contenus posent un véritable problème.
Quand Twitter arrive à l’Assemblée et au Sénat
On entend aujourd’hui, suite à la tentative de tweet de Lionel Tardy cette semaine, que l’utilisation de Twitter à l’Assemblée va être examiné en séance parlementaire (Twitter dans le collimateur des députés). Autre cas précédent dont vous aviez sûrement entendu parler à l’époque : la polémique impliquant le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, et un sénateur PS, Martial Bourquin, relativement peu au fait de Twitter (Twitter sème la pagaille entre Estrosi et le PS). Ce dernier a interpellé le ministre sur des contenus qu’il (ou plutôt son conseiller) avait posté sur son compte Twitter. Cette polémique montre la non compréhension de part ce sénateur de l’usage qu’il peut être fait Twitter. Reprendre seulement les mots de Christian Estrosi c’est malheureusement s’arrêter à la forme. Bref tout cela prouve une nécessaire évangélisation de ces nouveaux outils pour que d’une les hommes politiques adaptent leur communication et soient prêts à respecter les règles du jeu.
Le procès Clearstream en direct de Twitter
Autre exemple, là encore très médiatique a été celui du suivi en quasi instantané des échanges lors du procès Clearstream. les journalistes et observateurs présents ont en effet largement utiliser Twitter pour relayer quasi minute par minute les échanges : Twitter à la barre du procès Clearstream.
Première question : peut-on vraiment chroniquer un procès en étant limité à des échanges de 140 caractères ? Il faut bien avoueur que la plupart des tweets étaient un simple relais commenté du déroulé du procès. Rien en soi de très palpitant. « Tout le monde n’a pas compris qu’en fait, Twitter, c’est un complément. On ne peut évidemment pas suivre tout le procès si on s’y intéresse, juste sur Twitter. C’est beaucoup trop lapidaire. Ce ne sont pas des compte-rendus d’audience. » comme le rappelle Olivier Toscer. Cela me confirme que ces échanges ne peuvent concerner qu’une minorité de personnes, en dehors du sujet abordé et que Twitter de part ce type d’usage ne me semble pas favoriser un usage grand public (cf : Les 5 raisons pour lesquelles Twitter ne deviendra jamais grand public).
Deuxième question : est-ce légal de twitter depuis une salle d’audience ? Comme le rappelle Maitre Eolas sur son blog : » Ce que la loi interdit, c’est de fixer une image ou un son. L’écrit, et le tweet est un écrit, n’est pas concerné, il est même couvert par la liberté d’informer. »
Conclusion
Tout cela confirme à mon sens deux choses :
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Twitter, au même que d’autres outils Internet, permet de diffuser facilement et rapidement une information. Il semble alors relativement vain de vouloir y poser une censure au niveau du contenus. Par contre, on peut se demander, de la même manière que pour un usage privé, du type de contenu qui peut être diffusé car jugé public ou privé. Est-ce que demain dans une réunion ou événement confidentiel, on sera obligé d’interdire les téléphones connectés à Internet pour éviter toute diffusion d’information ? On est en droit de se le demander…
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Twitter a de nombreux usages et le « journalisme en temps réel » fait par tous en est un. De la même manière que Lance Armstrong peut devenir un producteur de contenus et un journaliste, n’importe quel internaute est un journaliste en puissance si je prends le terme « journaliste » comme diffuseur de contenu sur un média.
Bonjour Cédric,
Le sujet n’est pas seulement peut on tweeter partout, mais que peut-on tweeter?
Quelle est aujourd’hui la responsabilité qu’envisage un émetteur d’ un tweet, post ou toute autre forme de message destiné à communiquer de l’information. C’est un problème d’éthique.
@Pascal
Oui et c’est tout l’objet de l’article, peut on twitter des infos privées et que peut on considérer de vraiment privée…
Tiens, je ne connaissais pas ce Romain Domenech…
@Joe
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Bien vu.. corrigé (voila ce qui arrive quand on écrit des articles trop tard
Et j’ai commis un oubli, de ne pas t’avoir saluer pour cet excellent article
Un autre cas de twitt malencontreux : Sébastien Chabal.
http://www.lejdd.fr/Medias/Depeches/Twitter-Chabal-reprimande-car-trop-bavard-169865/
@Enikao
Merci pour ce cas supplémentaire illustrant l’article
Ce qui me gène dans cette affaire, ce n’est le sujet (le foot..bien que !), ni la technologie mais le double fait que :
1) Les personnes auditionnées (qui que cela soit) aient demandées le huit-clos. Il ne s’agissait pas seulement d’une audition privée comme indiqué dans le billet.
2) Que ce huit-clos ait été accordé par les membres de la commission et qu’une personne prenne l’initiative d’aller contre la décision de ses collègues.
Le fait de Twitter, d’envoyer des SMS, des emails, de publier des billets sur un blog ou un forum, de chatter ou d’utiliser une autre technologie de communication n’a pas d’importance.
Ce qui a de bien dans l’affaire est que s’ils twittent ce qui se passe à l’Assemblée c’est qu’ils y sont. Déjà un bon point par rapport à d’autres Députés.
Erwan
Intéressante analyse que je me suis permise de citer dans un post sur le même sujet Twitter mais restreint à la communication politique. A chacun de savoir gérer l’outil et ses potentialités avec pondération !
http://www.leblogducommunicant2-0.com/2010/07/16/communication-politique-je-twitte-donc-je-suis-transparent/