Quelle stratégie de développement de Twitter face à la concurrence de Facebook et Google+ ?
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Beaucoup de nouvelles autour de Twitter sont passées relativement inaperçues en France et pour autant me paraissent majeures. Je vais essayer de vous récapituler cela en posant la question : Twitter n’est-il pas à un tournant de son histoire et est-il prêt à le passer?

Le départ de Biz Stone, co-fondateur de Twitter (après celui de Evan Williams en mars dernier)

Ce n’est jamais très bon signe quand l’un des fondateurs les plus emblématiques du Web quitte un bateau en pleine croisière. Surtout que ce départ intervient quelques mois seulement après celui d’un autre co-fondateur de Twitter, Evan Williams. Les rumeurs estiment que Biz Stone partirait pour rejoindre Evan Wiliams dans une nouvelle aventure mais, bien entendu, on n’en sait pas plus sur les raisons officielles du départ. L’annonce ci-dessous de Biz Stone sur son blog est de montrer, classiquement, que tout va bien afin de ne pas alerter ni le marché, ni les investisseurs.

Mon travail sur Twitter a duré plus de cinq ans et je continuerai de travailler avec cette entreprise pour de nombreuses années encore. Dernièrement, il m’est apparu que toute l’équipe de Twitter ainsi que l’équipe dirigeante avaient appris de manière incroyable et atteint un niveau de productivité exceptionnel. J’ai donc décidé que mon temps était venu de partir sur d’autres chemins, tout en n’excluant pas la possibilité de revenir sur certains sujets spécifiques.

 

Cette annonce a été rendue officielle il y a plus d’un mois et, pourtant, est passée à la trappe, Google et Google+ ayant monopolisé l’attention des observateurs du web dont la nôtre :

La concurrence de Google+ … et bientôt de Facebook Editions

Tout le monde lors du lancement de Google+ a interprété la stratégie de Google comme une tentative de contrer le développement et l’hégémonie grandissante de Facebook sur les réseaux sociaux généralistes. Malheureusement, c’était occulté beaucoup trop rapidement la menace que représente Twitter. En effet, ne perdons jamais de vue que le seul but de Google au travers de tous les outils qu’ils ont lancé depuis plus de 10 ans est de faciliter l’indexation et la recherche de l’information, quelque soit sa forme et le support. L’intégration du social dans le moteur de recherche (Un pas de plus de Google vers le social search avec le +1 button), les lancements successifs de Google Wave et Google Buzz (Google Buzz = le social e-mail par Gmail ?), puis celui de Google+ ne sont que les reflets de cette stratégie.

Or Twitter aujourd’hui se définit comme le média d’information en temps réel. Ce n’est pas un réseau social qui vise à mettre en relation les utilisateurs, mais bien un outil aidant les internautes dans la prise d’information que celle-ci soit liée à l’actualité ou à des centres d’intérêt plus limités. Sauf que Twitter désormais n’est plus indexé dans les résultats de recherche en temps réel de Google. En effet, autre élément de la stratégie de lancement de Google+, et qui est un autre témoin de la stratégie de concurrence menée face à Twitter, a été de mettre un terme subitement au partenariat entre Twitter et Google. Si les résultats d’un service, quelqu’il soit, n’apparaissent plus dans le principal moteur de recherche, cela diminue d’autant la visibilité.

Vous me rétorquerez que les contenus partagés sur Facebook dans leur très grande majorité n’apparaissent pas dans les moteurs de recherche et cela ne gêne en aucun cas le développement de Facebook. Oui mais Facebook a d’autres arguments dont une audience déjà captive (tout l’inverse de Twitter). Malgré le fait que Twitter communique sur ses 200 millions de comptes, on voit en France apparaitre des chiffres farfelus (Le Parisien parle de 2 millions, sans citer la source : La France succombe à Twitter et Semiocast parle, quant à elle, de 3,3 millions de comptes). Bien entendu, aucun des deux ne fait la distinction entre comptes créés et utilisateurs réels (dans mon cas, par exemple je gère 4 comptes différents), ni les faux comptes (faux utilisateurs et spams) ou bien encore ceux des entreprises. Bref le chiffre est plus probablement aujourd’hui de 600 000 / 700 000 inscrits en France au maximum. Raison de plus pour faire attention aux chiffres (Gare aux chiffres autour des médias sociaux et Quelques chiffres méconnus sur Twitter). Twitter, au delà donc de ne pas encore avoir su se rendre mainstream son service, a une audience peu fidèle et encore trop peu utilisatrice du service, puisque 2 comptes sur 3 ne seraient pas actifs.

Pour en revenir à Facebook, ce dernier vient d’annoncer le lancement d’ici la fin de l’année de sa plateforme d’actualités, Facebook Editions. L’idée est de ne pas laisser la voie de l’information sociale à Twitter ou Google+. Dans cette bataille, Twitter continue à me sembler le moins bien armé (audience, finances et fonctionnalités) et mon article Les 5 raisons pour lesquelles Twitter ne deviendra jamais grand public diffusé il y a bientôt 2 ans et demi me paraît toujours autant d’actualités, même s’il était écrit à contre-courant à l’époque.

Stratégie de monétisation : renforcer le partenariat avec Microsoft Bing

Le partenariat avec Google n’était pas le seul pour Twitter puisqu’il travaillait également avec le moteur de recherche de Microsoft, Bing. Ce contrat, nous apprend CNet (Twitter tries to come to terms with Microsoft’s Bing) court encore pour les 6 prochains mois et Twitter serait en train de tenter de le renégocier à son avantage pour une estimation à hauteur de 30 millions de dollars par an (soit le double de ce que touche actuellement Twitter).

Stratégie de monétisation : vers le T-commerce?

Comment Twitter peut réagir par rapport à ces deux menaces concurrentielles et une audience fidèle qui n’est toujours pas stabilisée et qui reste trop limitée (notamment en France si je concentre mon propos sur notre marché que je sais bien différent du marché anglo-saxon) ? Twitter voit tout comme Facebook dans l’e-commerce un formidable moyen de pousser encore plus le développement du service et de lier à des sites marchands existants.

Il faut dire que les chiffres estimés du Social shopping laissent entrevoir de belles possibilités encore faut-il ne pas se contenter de développer une boutique sur sa page Facebook en espérant augmenter du jour au lendemain de manière significative les ventes sur son site (Social shopping : “Il faut arrêter de se focaliser sur les boutiques Facebook”), tout comme le fait de pousser uniquement des offres promotionnelles sur Twitter qui passeraient totalement à la trappe. Par contre combiner de manière intelligente visibilité, pertinence et ciblage, expérience sociale sont les clés de démarches pertinentes.

Pour en revenir à la stratégie de monétisation autour de e-commerce de Twitter, le T-commerce – comprendre e-commerce depuis Twitter – semble être une voie de monétisation supplémentaire tout comme les tweets ou les trends sponsorisés (Comment les liens sponsorisés de Google ont influencé la monétisation de Digg, Twitter et Facebook ?). C’est ce que nous révèle en tout cas cet article de CNN Money : Twitter’s new plan : Commerce ?.

Pour faire simple, l’idée est de s’inspirer du succès constaté de comptes qui proposaient des offres exclusives mais aussi de s’appuyer sur le développement de cette attente auprès des utilisateurs pour proposer des offres exclusives et limitées via Twitter.  Par exemple, le succès de Groupon (Retour sur le succès de Groupon) ou bien encore l’arrivée des deals de Groupon dans Foursquare, sont deux témoins de cette attente forte des internautes d’offres exclusives et ciblées.

A voir si le couple gagnant pour Twitter sera publicité et T-commerce pour mieux affronter la concurrence accrue de Google et Facebook et dans une seconde mesure les outils de curation et d’informations géolocalisées comme Foursquare.

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