Bulle Internet au sein des médias sociaux… ou pas ?
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L’actualité récente autour du rachat de Instagram (Ce qu’il faut comprendre du rachat de Instagram par Facebook pour 1 milliard de dollars) ou les valorisations record de certaines entreprises (Facebook valorisé à 100 milliards, valorisation record de Groupon ou Zynga lors de leur entrée en Bourse…) ont relancé ce début d’année 2012 la question sur une éventuelle bulle spéculative autour d’Internet… qui rappelle nécessairement le début des années 2000. Même si la somme déboursée par Facebook pour un application mobile de partage de photos semble exagérée, il ne faut pas oublier qu’il y a eu des précédents de sommes plus importantes pour d’autres rachats de services digitaux (Les rachats de sociétés Internet qui ont dépassé 1 milliard de dollars).
J’ai publié pas mal d’articles dernièrement sur les stratégies de services sous les feux des rampes (Spotify pourra-t-il être rentable ? et Quelle est la stratégie de Viadeo après l’annonce d’une nouvelle levée de fonds ?). Je vous propose aujourd’hui de poser la question frontale de savoir si une bulle spéculative risque d’exploser ces prochains mois. Car oui, nul doute sur le fait qu’il existe pour bien des entreprises une survalorisation par rapport à leur rentabilité actuelle. Cela ne veut pas dire que cette valorisation sur le potentiel futur d’une entreprise / service n’est pas pertinent. Car entre le début des années 2000 et aujourd’hui les choses ont bien changées.
  • Nous sommes dans un contexte global de crise économique (pour nos vieilles économies) alors qu’au début des années 2000, la conjoncture globale était plus porteuse. Il suffit de comparer le niveau du CAC40 quelques mois avec l’explosion de la bulle Internet en 2001 et le niveau actuel qui peine à se maintenir au dessus des 3 000 points.
  • Ces services sont, pour certains, fortement adoptés par les internautes et les entreprises. Que ce soit Facebook ou Twitter, aujourd’hui beaucoup d’entreprises ne s’imaginent pas devoir se couper de ses pourvoyeurs de trafic et de visibilité pour leur marque et leur offre. Si demain l’audience vient à fuir ses services pour de nouveaux territoires digitaux, nul doute que les marques suivront. En tout cas aujourd’hui, l’audience des internautes et des marques est au rendez-vous, ce qui était loin d’être le cas pour de nombreux services à la fin des années 90 qui n’avaient pas encore fait leur preuve de ce côté là.
  • Des services déjà rentables ? Facebook a dégagé l’année dernière un bénéfice de plus de 1 milliard de dollars. Dur de dire encore aujourd’hui qu’ils n’auront pas su faire fructifier leur forte audience. De même pour Google, qui a su offrir une monétisation rentable à la plupart de ses services. Lorsque Google a racheté Youtube pour 1,6 milliard de dollars, beaucoup d’observateurs remettaient en cause la pertinence de cet investissement. Ils sont beaucoup moins nombreux aujourd’hui.
Pour autant, il est vrai qu’une certaine spéculation entoure nombre de services qui, derrière leur médiasation, ne renferme bien souvent qu’une coquille vide qu’il s’agira de remplir rapidement.
  • Viddy, le “Instagram de la vidéo” comme ils se définissent a annoncé dans la foulée du rachat de Instagram une levée de fonds de 30 millions de dollars pour une valorisation qui atteint désormais 300 millions de dollars. Clairement, la valorisation de Viddy semble indexée sur la valeur déboursée par Facebook pour Instagram, alors que Viddy, à la différence de Instagram, est bien loin de compter un tiers des inscrits de Instagram.
  • Pinterest dont on parle largement depuis le début de l’année semble avoir des difficultés à trouver un second souffle médiatique. La preuve en est que si Google, Twitter et Facebook se sont disputés pour racheter Instagram, leur appétit semble moins vorace en ce qui concerne Pinterest. Pinterest, au delà d’une audience record en février dernier, a vu celle-ci déclinée depuis quelques semaines et perdre un tiers :  De là à parler d’épiphénomène serait jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour autant, il est clair que le marché attend clairement de Pinterest qu’il fasse ses preuves. Voir par exemple le service de photos FlickR bloquer l’accès à Pinterest (il ne faut pas oublier que les services apparaissent comme concurrents et qu’il est donc logique, stratégiquement, de voir FlickR bloquer l’accès : FlickR pourra-t-il résister à Pinterest ?) est un mauvais signe pour un site qui mise tout sur l’agrégation de photos découvertes sur d’autres services. Si demain, TumblR suit la même politique que FlickR, l’annonce devrait faire mal à Pinterest, voire tuer définitivement l’intérêt du service. Cela ne veut pas bien évidemment pas dire que le service ne se fera pas racheté pour plusieurs centaines de millions de dollars prochainement.
  • Skype de rachat record en rachat record. Même si beaucoup d’entre vous l’ont peut être oublié, Microsoft a racheté l’année dernière Skype (qui appartenait jusqu’en 2009 à eBay mais qui avait cédé 70% de ses parts à un Fonds d’Investissement pour la bagatelle de 1,9 milliard) pour un montant record de 8,6 milliards. Or le service que l’on connait bien n’est toujours pas rentable (7 millions de pertes l’année dernière) malgré un chiffre d’affaires de près d’un milliard de dollars. Même si la pertinence stratégique et produit du rachat de Skype par Microsoft semble évidente, au vue de la large audience en croissance de Skype face à celle en déclin de MSN Messenger, le montant déboursé semble encore une fois largement excessif.

Pour autant, si nous sommes dans un cycle spéculatif, le marché n’est pas dans un emballement. Comme précisé, la plupart des rachats de sociétés sont des services qui ont déjà trouvé la voie de la monétisation et Instagram fait alors plutôt figure d’exception. Autre point financier à prendre en compte, est de voir que la valorisation boursière de société comme Zynga, Groupon ou LinkedIn est en déclin depuis leur entrée en Bourse, témoignage d’une certaine vigilance du marché. Plus précisément, Zynga affiche un CA record et en croissance de plus de 30% (Zynga continue sa progression avec une hausse de 32% de ses revenus), mais sa non rentabilité joue toujours contre lui et sa valorisation boursière.

La bulle, finalement, serait plutôt à trouver en dehors du marché boursier, et donc dans le niveau des levée de fonds;

  • Spotify s’apprêterait à lever 200 millions de dollars (alors qu’ils ont, il y a seulement quelques mois, déjà levé 100 millions);
  • Deezer chercherait entre 50 et 100 millions de dollars (et serait alors la plus grosse levée de fonds d’un start-up française);
  • Path a annoncé il y a quelques jours une levée de 40 millions de dollars;
  • Quora dont on entendait pourtant plus trop parler, après une année 2011 où le service a été fortement médiatisé, lèverait une somme comprise entre 30 et 50 millions de dollars;
  • BranchOut, application type LinkedIn mais intégrée à Facebook, annonce une levée de fonds de 25 millions de dollars.

Il est vrai qu’en période de méfiance face aux marchés boursiers, beaucoup d’investisseurs préfèrent miser sur des sociétés d’avenir où la mise peut rapporter gros… surtout en cette période.

9 commentaires pour “Bulle Internet au sein des médias sociaux… ou pas ?”

  1. Remarque générale tout d’abord : autant sur le sujet de l’analyse des medias sociaux et de leur impact pour les entreprises je te laissais plutôt tranquille, autant là, qu’on parle de stratégie des startups, ça change un peu la donne.
    Est-ce un mouvement plus global des social media experts que de venir mettre leur nez dans l’écosystème des startups d’ailleurs ? La question se pose. C’est vrai que les réactions des startupers n’ont pas été tendres après le rachat de Instagram, moi le premier, pour gentiment dire aux social media experts de continuer ce qu’ils savent bien faire, mais qu’ils n’essayent pas de devenir des experts en Fusacq des startups. Chacun son métier.

    Concernant ton article donc.
    – tu parles majoritairement de startups US (à l’exception de Viadeo rapidement) mais tu commences par parler d’un marché en crise. C’est le marché Européen qui est en crise, pas le marché US (regarde les indices boursiers)
    – pour bien comprendre le marché des startups, il faut bien comprendre le marché de la Silicon Valley. Là-bas (je n’y suis pas, donc dixit tous mes contacts là-bas), il n’y a absolument pas de crise financière bien sûr. Il y a certainement un survalorisation de certaines sociétés (mais pas de bulle à l’horizon). Par contre, la bulle certaine qu’il y a, c’est une bulle des salaires, et donc des premières investissements, du seed funding. Se rajoute à ce phénomène tous les nouveaux millionaires générés par les sorties en bourse de Linkedin, ou à venir Facebook, devant business angels. Glancee racheté par Facebook, c’est l’exemple parfait du acqui-hire, puisque le rachat s’est fait surtout pour l’équipe (et son expérience), non pas pour la techno ou le service.
    – Quand tu dis “Quora dont on entendait pourtant plus trop parler” oui, en France ! Quora a toujours continué son bonhomme de chemin aux US.

    Désolé donc Cédric, mais pour l’analysé du marché des startups, il va falloir encore creuser un peu ;)

    P.S : je ne pouvais finir ce commentaire sans un “j’ai déjà écrit sur ce sujet”. Donc pour commencer par l’écosystème des startups en France http://fr.techcrunch.com/2011/06/20/lettre-ouverte-a-lecosysteme-des-startups-en-france/

  2. @Cedric

    Il est dommage que tu fasses la distinction entre stratégie de “start-up” et présence d’annonceurs sur ces dernières. Aujourd’hui, pour apporter un décryptage global du marché du digital, tu ne peux pas ne pas distinguer les deux. Si tu lis MediasSociaux, tu dois savoir que nous décryptons depuis le début ces tendances stratégiques et globales du marché. Bref, passons sur ce point que je trouve dommage d’un fidèle lecteur comme toi ;)

    Comme tu le remarqueras dans l’article, je parle justement de rationalisation et non de bulle (d’où le titre d’ailleurs). Ex : “si nous sommes dans un cycle spéculatif, le marché n’est pas dans un emballement.”

    Pour Quora, tes contacts prennent peut être Internet pour un océan alors qui est un aquarium mais je te confirme que le service intéresse moins les médias digitaux et traditionnels (et pas qu’en France) si on compare l’actualité globale du service et sa croissance d’audience comparée en 2011 et 2012. Je préfère me retourner vers les chiffres plutôt que vers les bruits que tu peux entendre de la SV, depuis Paris.

    Après ta position de neo-startuper justifie ton propos j’imagine.

  3. En rapport avec le commentaire de Cédric Giorgi :

    1) La stratégie des start-up de réseaux sociaux étant directement liée à la nature du travail qu’il est possible d’accomplir avec leurs outils, je ne vois pas au nom de quoi il serait absurde pour un professionnel de stratégie digitale de poser un regard sur la façon dont leurs dirigeants la conçoivent.

    2) Un blog n’est jamais en marbre, et le point de vue qui s’y exprime n’a pas vocation à y être gravé. C’est un espace de liberté et de réflexion interactive où point n’est besoin d’avoir fait un tour sur la Lune pour en parler.

    3) Le fait de bien connaître les start-up et leurs stratégies est certainement un atout pour vous, mais votre crédibilité repose avant tout sur la façon dont vous mettez en avant cet atout, à commencer par la pédagogie dont vous faites preuve – qui s’oppose directement à la condescendance, par exemple. A moins qu’en tant que spécialiste des stratégies, vous ne renonciez à être vous-même stratège.

    P.S : je ne connais pas l’auteur du billet, et je n’ai pas de point de vue à faire valoir sur la question en opposition au vôtre : ma réaction n’est donc ni affective, ni corporatiste.

  4. Cédric, je suis neo-entrepreneur, mais clairement pas neo-startuper. Concernant le style de mon commentaire, je dois avouer que je me suis permis d’y aller franco et en direct, car comme tu le dis justement, je suis non seulement lecteur depuis le début de tes écrits, mais aussi car on se connait en offline (au plaisir d’échanger avec toi autour d’un caféd’ailleurs), et enfin car j’avais regretté à plusieurs reprises tes prises de position du genre “je l’avais dit, j’avais déja écrit” etc. D’où un style provocateur affirmé.

    Bref.

    Effectivement, sur Medias Sociaux vous décryptez depuis le début les tendances d’usages, les tendances produits etc. mais j’estime que c’est encore différent que de parler d’écosystème, de marché des startups, de valorisations etc.

    Pour finir sur Quora, et globalement sur l’analyse du marché, je pense que tu trompes sincèrement avec une telle approche “Je préfère me retourner vers les chiffres plutôt que vers les bruits que tu peux entendre”. Les valorisations ne sont justement pas seulement faites sur des chiffres, mais sur des perceptions, sur ce qui se dit dans la SV. Donc essayer de les expliquer sans écouter ces bruits, c’est comme aller pêcher en utilisant seulement les données météo, et pas ce que disent les autres pécheurs (pour continuer sur ta métaphore)

  5. @ Cedric Giorgi : tu parles beaucoup d’e,treprenariat et de startups, c’est bien. Mais tu te permets de critiquer les jugements des autres en te posant en “sage qui sait”, c’est moins bien. Un conseil : parles moins, entreprends plus et ensuite tu pourras venir faire la morale !

  6. Bonjour Cédric,

    je viens de finir ton article, et je ne sais toujours pas qu’elle est ta conclusion… ce qui me dérange, puisque c’est ce que me vendait ton introduction.

    Tu te trompes sur Quora (qui a su gérer le pivot de l’after Hype), sur Viddy (avec une analyse basé sur des “On dit”, et des comparaisons sans réalisme)…
    Viddy est valorisé ainsi, car elle génére toujours des Deals et Opés, et attire toujours autant des Stars (Musique, Cinéma, Tv,…), et pour un service vidéo, prouve une très belle progression.

    Je rejoins @Cédric Giorgi dans ses critiques, même si je dois souligner que le marché Américain est dans une position instable, même si d’apparence “positive”.

    Nous sommes dans une bulle spéculative, généré non pas par les marchés aux mêmes, mais par leurs acteurs du secteur.

    Facebook n’est qu’un Centre Commercial, bourré de panneau publicitaire, et a bien compris que si il ne redevenait pas maitre de certains outils, elle subirait l’érosion de plusieurs de ses canaux de revenus. Ses rachats récents font sens, et la survalorisation de société comme Instagram, ne vient que des enchères effrénées entre gros Acteurs, dans le Cas présent, entre Twitter et Facebook.

    je te rejoins encore moins dans ta conclusion, parlant de Bulle de levée de Fonds.

    Deezer à besoin de Cash pour continuer son internationalisation, et préparé l’arrivé et déploiement des stratégies Transmedia de Google et Apple

    Path doit renforcer ses technos, faciliter ses localisations, et soutenir certains deals… même si à mon avis, d’ici Mi-2013, ils seront rachetés par Google ou Apple.

    Spotify est saigné à Blanc par les labels, et touché par la présence de GooglePlay (Music)… la politique est clairement: “Take All or Die”… s’ils ne peuvent soutenir leur actions, et faire croitre leur base d’utilisateurs premiums, ils sont mort. c’est donc un pari qui peut permettre une belle culbute, s’ils atteignent l’Oasis.

    Bon, sur Branchout, c’est clairement une arnaque, comme Groupon… sauf que Branchout n’a qu’un seul objectif, être racheté par Facebook ou Linkedin, ce qui n’arrivera pas.”

  7. @Charles La conclusion est claire (et se situe bien avant la dernière ligne de l’article) : il n’y a pas de bulle à proprement parlé pour les raisons que j’aborde, par contre une survalorisation d’un ensemble de services qui cherchent plus le rachat que la pertinence du service.

    Pour la fin de ton commentaire, la question n’est pas de savoir si tous les services cités ont besoin ou pas de fonds. C’est pas la question de l’article : on a toujours besoin de fonds et quand le tour de table est intéressant au niveau des partenaires et des parts, il faut pas hésiter. La question est sur le montant. Il s’agit clairement ici, la plupart du temps, d’une course à l’attention pour viser un rachat, ou dans un rapport de force face à un concurrent.

    Sur les autres points, tes arguments tranchés ne collent pas à la réalité et je ne peux que rejoindre d’autres commentaires laissés précédemment.

  8. Je comprends les fautes dans les commentaires, mais pas dans l’article. On pourra me trouver tatillon et de ce fait pénible, mais la parfaite correction de la langue fait partie de ce qui distingue un article sérieux d’une joyeuse contribution d’ado. Or vous êtes un blog sérieux avec des articles très intéressant donc être indulgent ou complaisant avec vous ne serait pas vous rendre service.

    Sur le fond
    Il est piquant de constater que l’innovation peut constituer une valeur refuge, ce qui est un premier paradoxe, et ce sans pour autant que les survalorisations qui apparaissent ne soient constitutives de la formation d’une bulle spéculative.
    De mon point de vue les avis des 2 Cédric ne sont pas si éloignés sans être semblables, ce qui pourrait déboucher sur un débat plus qu’intéressant si les egos et les certitudes ne prennent pas le pas sur l’envie de préciser sa pensée et d’affiner sa compréhension de l’autre.

    Je vais partager cet article sur g+ en incluant les commentaires.

  9. @jerkar “Le narcissisme digital : nouveau cancer du Web ?” : le désir de contradiction automatique de certains et leur envie d’emporter la raison peut faire perdre l’intérêt du débat et la discussion de fond, je te l’accorde entièrement.

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