Facebook : que retenir de l’entrée en Bourse record à 100 milliards de dollars ?

Impossible de passer à côté de la nouvelle depuis plusieurs jours tellement Mark Zuckerberg a fait monter la sauce. Avec le rachat de Instagram il y a quelques semaines, le premier message lancé était « Regarder, nous avons les reins solides et de l’argent, faites nous confiance dans quelques jours. » Nous avions largement couverts la nouvelle à l’époque : Ce qu’il faut comprendre du rachat de Instagram pour 1 milliard de dollars. Ces derniers jours, Mark a hésité sur le meilleur prix auquel lancer ses millions de titres Facebook sur le NASDAQ. Le prix arrêté finalement à 38$ vise donc aujourd’hui à permettre à Facebook de devenir la société avec la deuxième plus importante valorisation boursière lors de son entrée en Bourse, avec une somme de 104 milliards de dollars.

Jusqu’ici le record était détenu depuis 1999, par UPS, avec une entrée en Bourse à hauteur de 60,2 milliards. Au delà de ce record, le but de Facebook est surtout de montrer qu’il joue dans la cour des grands, notamment face à son concurrent préféré, Google. On connait la bataille que se mènent ces deux géant américains depuis plusieurs années sur le territoire des réseaux sociaux, mais surtout de l’identité numérique de l’internaute et des investissements publicitaires des entreprises. En effet, une entrée à hauteur de 104 milliards de dollars, au delà de permettre à Facebook de faire une levée de fonds de 15 milliards, et de faire x5 par rapport à l’entrée en Bourse de Google qui en 2004 avait alors été valorisé à 22 milliards de dollars, lui permet surtout d’envoyer le message qu’il pèse désormais la moitié de Google (en terme de valorisation boursière). Se rapprocher (et dépasser) dans quelques années les premières valeurs boursières technologiques que sont Google, mais aussi Microsoft ou IBM est clairement l’ambition du fondateur de Facebook.

Avec une valorisation boursière à 104 milliards, Facebook sera déjà bien positionné puisqu’il dépassera des leaders sur leur marché comme Amazon ou bien encore Disney, McDonald’s…

Pourquoi un scepticisme des analystes financiers ?

Mark Zuckerberg, va devenir aujourd’hui a à peine 28 ans (qu’il a fêté cette semaine : il s’offre donc un beau cadeau d’anniversaire, avec quelques jours de retard) le multi-milliardaire le plus jeune du monde… et toujours seul maître à bord de Facebook. En effet, en détenant encore plus de 50% des droits de vote, il est le seul décisionnaire. Sauf que les analystes financiers, ont toujours du mal à faire confiance à un « jeune à sweat à capuche ».

L’autre point sur lequel bloquent de nombreux analystes est surtout l’écart majeur entre la valorisation boursière de Facebook et sa valeur réelle à date. Avec « seulement » 1 milliard de dollars de bénéfices l’année dernière, c’est une différence de 1 à 100 sur cet indicateur. Ce ratio est de 1 à 20 lorsque l’on regarde le chiffre d’affaires. Les analystes estiment donc que pour qu’il y ait une corrélation entre la valeur boursière et la valeur économique de Facebook, il faudrait que d’ici 2021, Facebook atteigne un chiffre d’affaires de 600 milliards de dollars par an.

Faut-il acheter des actions Facebook ?

Vous saviez, si vous nous lisez fréquemment, que nous insistons fortement sur la mutation économique que vivent (doivent enclencher) de nombreuses entreprises dans le monde : la digitalisation de notre économie mondialisée. Cette mutation passe notamment par le fait de revoir en profondeur leur manière de communiquer, de gérer leur client, voire de créer des nouveaux produits. Chez La Poste, en France, les changements stratégiques ont été plus importants sur ces 10 dernières années que sur les dernières décennies… depuis Louis XI. Autre exemple, s’il y a quelques années, Monster pouvait espérer pouvoir racheter LinkedIn, le réseau social professionnel n°1 dans le monde, aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé… à tel point que certaines rumeurs font état d’un rapprochement mais ça serait maintenant David qui mangerait Goliath (LinkedIn to buy Monster ?).

Facebook, malgré un ralentissement de sa croissance de revenus sur le premier trimestre a des réserves de croissance importantes :

  • la Chine reste encore un marché à investir fortement;
  • Facebook depuis quelques mois connaît une croissance très forte sur des marchés émergents que sont l’Inde et l’Indonésie par exemple;
  • Aucun concurrent majeur sur ce marché, si on constate un certain échec de Google+ (lorsque l’interprète uniquement sous l’angle du réseau social) et des services comme Twitter ou Path qui doivent encore s’étoffer.
  • La monétisation de Facebook sur mobile est récente et date seulement de quelques semaines. Or, le mobile est aujourd’hui le premier terminal utilisé pour se connecté à son compte Facebook.

Cette entrée en Bourse, quelque soit votre décision personnelle de casser ou pas votre tirelire pour acheter quelques titres, va permettre à plusieurs centaines de salariés d’empocher plusieurs millions de dollars. Ainsi, l’artiste David Choe qui avait réalisé il y a quelques années un graff dans les bureaux de Facebook, et qui avait été payé à l’époque avec quelques parts, va aujourd’hui passer par la case banque en touchant 200 millions de dollars… soit le record pour n’importe quel oeuvre de peinture. En effet, aucun artiste de son vivant n’a vendu une oeuvre plus de 80 millions de dollars, et seul Paul Cézanne (mais pas de son vivant) a vendu une de ses oeuvres plus de 200 millions de dollars.

Malgré tous ces chiffres record, ne nous y trompons pas, la route reste longue pour Facebook et va encore lui réserver bien des surprises.

4 commentaires pour “Facebook : que retenir de l’entrée en Bourse record à 100 milliards de dollars ?”

  1. Posté par Google Chrome devient le navigateur Internet le plus utilisé au monde | Dans les coulisses d'une agence Web a dit : le

    […] que tout le monde ne parle que de l’entrée en bourse Facebook pour 104 milliard de dollars, Google continue le bras de fer en consolidant sa suprématie sur la navigation numérique. Cette […]

  2. Posté par Ed a dit : le

    Attention toutefois à la bulle spéculative ! Les fondamentaux, le CA et les bénéfices sont totalement déconnectés de la valorisation boursière.

  3. Posté par Antoine Dupin a dit : le

    S »il est vrai qu’actuellement on ne peut que penser aux entrées en bourses houleuses de Zynga ou Groupon, et se questionner sur le devenir de Facebook. Il ne faut cependant pas oublier que LinkedIn s’en sort très bien, même si évidemment les modèles sont différents.

    À mon sens, ce qui peut être inquiétant venant de la part de Facebook c’est son caractère centré et trop dépendant de Zuckerberg qui n’est pas sans rappeler Apple (dont Jobs était un des maîtres à penser). Il y a plusieurs problématiques qui se posent alors.

    Tout d’abord l’attitude hyper cool, bien qu’appréciée chez les Geeks, n’est pas l’apanage des financiers, comme le fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique. Ce décalage entre le seul maître à bord et les financiers semblent pouvoir constituer un premier obstacle.

    Un autre point, et non des moindres, est que Zuckerberg fait ce qu’il veut, et ce sans avoir à passer par un conseil d’administration vu que comme le rappelle l’article il est le décisionnaire majoritaire. Ce qu’il s’est passé avec Instagram et le prix fort qu’il a mis sur la table, suscitant également beaucoup de réactions, sans avoir à rendre de comptes à personnes et sans apparemment ne recevoir de conseil, peut également être problématique, et faire peur. L’impulsion et le « pouvoir total» peuvent entrainer des dérives et avoir de lourdes incidences à terme (regardez News Corp quand il a acheté MySpace et le gouffre financier que cela a créé).

    Mais à mon sens, le vrai danger vient donc de cette dépendance à Zuckeberg. Il a certes 28 ans, mais il n’est pas immortel ni en acier. Un accident par exemple pourrait voir quelqu’un d’autre diriger le bateau. Ou il peut décider de prendre sa retraite avec ses milliards (30 ans, milliardaire, à la retraite … pfff).

    On pourra alors inexorablement rapprocher cela à l’histoire et d’Apple, lorsque Job a été débarqué et que la société a littéralement loupé sa décennie. À mon sens, la crainte est vraiment là, sur l’espèce d’état symbiotique Zuckerberg / Facebook et cela pourrait peut être freiner les investisseurs … surtout quand on voit qu’il faudra attendre 2021 et que d’ici là de nombreux événements peuvent apparaitre dans la vie de l’emblématique fondateur ou de son entreprise.

    A Google, par exemple, on a Larry Page et Sergey Brin, donc plus difficile à évincer et surtout si l’un disparait, il reste l’autre. Qui plus est, malgré son échec sur le web social, Eric Shmidt a démontré que Google pouvait naviguer sans les fondateurs à sa barre ce qui est, à mon sens, un gage non négligeable de « meilleure pérennité ».

    Mais bon, ceci n’est qu’une réaction à chaud de ce que je peux lire ça et là, l’avenir bonifiera par perception :) Très bon comme toujours vos articles

  4. Posté par RD a dit : le

    Bonjour,
    tout à fait d’accord sur la déconnexion totale entre le réel et la spéculation boursière qui a entouré cette introdutcion. Il y a plus d’effet de mode que de potentiel réel, de projections rêveuses que d’analyses, d’esbrouffe que de réflexion.
    Pour être clair : une entreprise qui se caresse le nombril avec 100 000 followers a quelques questions à se poser :
    – Combien de profils inactifs ? (Zuckerberg a parlé de 400 millions sur les 900 millions, disons entre 20 et 30 %)
    – combien de doublons ? (autour de vous, vous n’entendez pas le « j’ai créé deux autres adresses, une pour les potes, une pour le boulot, parce que la première, j’ai mélangé tout le monde et c’est un traquenard »)
    – Quelle « qualification » autour de cette communauté ? (Combien d’enfants, d’adultes, d’ados, de femmes, d’hommes, de chefs d’entreprises, de cadres, d’ouvriers, de moins de 25 ans, de plus de 50, de Chinois, d’Irlandais, de sportifs, de fêtards,n de voyageurs, de prescripteurs, etc.)
    – Que deviennent tous les médias (let es données) ?

    Ce n’est pas rien. Et au-delà :
    – Que vaut ce modèle économique, qui consiste concrètement à exploiter à son seul profi l’énergie employée à animer profils et réseaux ?
    – Combien de temps, artistes, sportifs et autres vont accepter que FB fasse de l’argent sur leur dos ? Et du coup, comment s’adapter, sachant que la marge est la clé dans l’analyse actuelle de la valorisation, si tout à coup il faut partager ces revenus ?

    Rendez-vous compte que certains vont se tirer la bourre en achetant des « like ». Pour en afficher plus que le concurrent. Ça et autres tours de passe-passe… De quelle stratégie moyen et long terme on parle, là ?
    Vivement qu’on sorte de cette logique du « qui fait pipi le plus loin ». Il y a des objectifs plus urgents, pour développer et croître, côté entrepreneurs. L’efficacité, notemment, surtout en temps de crise.

    La limite fondamentale de FB est qu’il a été conçu pour les particuliers (entre potes de fac, rappelons-nous). Les entreprises ne peuvent pas y trouver leur compte, pour l’instant, elles ont besoin de maîtrise (cf : General Motors).
    Une 2e génération de réseaux arrive, qui va surfer très vite sur le mouvement lancé (là, oui, de façon extraordinaire), mais aussi en s’appuyant sur ces limites « professionnelles ».