La maturation de Twitter l’éloigne-t-il du grand public ?

Voilà presque 7 ans que Twitter a été créé. 7 ans, c’est à la fois une éternité à l’échelle du web, mais c’est une période relativement courte pour en faire Le media d’information de référence. De référence pour qui ? C’est là toute la question… Car si le succès de Twitter n’est plus à démontrer, les usages réels l’orientent immanquablement vers la sphère professionnelle, surtout en France. Des chiffres intéressants sont parus à ce sujet dernièrement, profitons-en pour faire le point.

Il y a actuellement près de 200 millions d’utilisateurs de cette plateforme de microblogging (Twitter now has 200 million monthly active users, up 60 million in 9 months), cette statistique officielle vient mettre fin à un long débat sur le nombre exact de comptes créés et surtout le taux très important de comptes inactifs. Vous trouverez également d’autres chiffres intéressants ici : 20 statistiques bluffantes sur Twitter. 200 millions d’utilisateurs actifs dans le monde, ça représente tout de même une sacrée base d’utilisateurs, mais c’est toujours moitié moins que Weibo, le grand rival chinois édité par Sina qui totalise 400 millions d’utilisateurs (Sina CEO Battle Cry: Time to Restructure, Focus on Weibo, Go Mobile First).

Concernant le marché français, il fallait jusqu’à présent se contenter des statistiques de Social Bakers (Twitter Stats France), mais heureusement Comscore nous fournit des chiffres plus précis : Who Is Using Twitter in France?. Il y a donc 5,5 millions d’utilisateurs français de Twitter, ce qui fait de la France le 7ème pays, avec une majorité d’utilisateurs de plus de 55 ans.

Répartition de l’audience de Twitter en France

Dire que je suis surpris par cette répartition serait un euphémisme. Nous pouvons néanmoins expliquer cette progression spectaculaire des plus de 55 ans par le fait que Twitter est devenu le média instantané de référence pour les journalistes et personnalités politiques. Les peoples et sportifs sont présents en masse, mais leurs tweets sont republiés sur d’autres plateformes (Facebook…) afin de toucher un public plus large, dispersant ainsi les conversations.

Contrairement aux marchés américains ou chinois, je constate de façon empirique que Twitter est une plateforme sociale majoritairement BtoB, dans la mesure où les métiers de la communication, du marketing ou du journalisme y sont encore largement surreprésentés. Cela ne veut pas dire que l’on n’y croise pas d’utilisateurs qui en font un usage personnel, mais que les conversations sont plutôt tournées vers des domaines professionnels. Particulièrement prisé par les hommes et femmes politiques, le gouvernement essaye tant bien que mal de réguler les échanges et de minimiser les dérapages (Can the French civilize Twitter? Should they try?). De même, une jurisprudence est petit à petit en train de se constituer pour donner un cadre juridique un peu plus formel aux tweets et surtout aux retweets qui posent visiblement problème : Les conséquences juridiques du retweet.

Nous en arrivons donc à LA grande question : faut-il être présent sur Twitter ? Oui, indéniablement, car les leaders d’opinion y sont. Entendons-nous bien : être présent ne veut pas dire publier 10 tweets par heure et acheter des followers, mais plutôt surveiller de près ce qui s’y passe et communiquer de façon active si cela s’intègre dans une architecture sociale cohérente. À partir du moment où vous avez pris la décision d’installer votre marque sur les médias sociaux, Twitter est un support indispensable, mais le fait d’ouvrir un compte n’est pas un objectif viable, il va falloir y trouver votre place, votre audience et votre rythme de publication.

Le minimum qu’une marque puisse faire se résume en trois choses :

  • Écouter les conversations pour avoir une idée précise de ce qui se dit sur votre marché, vous et vos concurrents ;
  • Relayer les informations concernant votre marque et vos produits ;
  • Répondre aux questions des internautes, même si ça demande un minimum d’organisation et de moyens (J’ai testé le SAV des marques sur Twitter).

Une fois ces trois fondamentaux assurés, il n’y a pas vraiment de règle : vous pouvez y prendre la parole de façon nominative, localisée ou globale. Vous pouvez y adopter une tonalité informelle ou très institutionnelle. Il n’y a pas vraiment de bonne ou de mauvaise façon d’utiliser Twitter, tout dépend de la culture de votre marque et du temps que vous souhaitez y investir. La chose la plus importante à avoir en tête est que l’orientation journalistico-politique de Twitter influence nécessairement l’évolution de son audience. Il faut ainsi être très motivé pour ouvrir un compte aujourd’hui et commencer à tweeter dans le vide (il est plus simple de publier des messages ou photos dans Facebook). C’est dans ce contexte que j’extrapole sur un éloignement potentiel du grand public, mais ça ne reflète absolument pas la volonté de l’éditeur, charge à lui de fédérer et développer des poches communautaires, mais il devra alors affronter la terrible concurrence de Google+ (Google lance les communautés, LA killer app de Google+).

Je m’interrogeais en 2009 sur l’évolution de l’audience de la plateforme (Twitter a-t-il atteint le point de bascule ?), il semblerait qu’elle se soit maintenant stabilisée. La prochaine étape de maturation va être de définir des indicateurs de performance (KPIs) qui soient compris et exploités par l’ensemble des acteurs de l’écosystème. Il y a encore aujourd’hui une obsession malsaine pour le nombre de followers, alors que les indicateurs d’engagement, d’autorité ou de résonance sont bien plus pertinents. Mais ceci pourra faire l’objet d’un autre article…

12 commentaires pour “La maturation de Twitter l’éloigne-t-il du grand public ?”

  1. Posté par Pierrick Filippi a dit : le

    Bonjour,

    Un article très intéressant qui éclaire bien la poussée des 55 ans et plus sur Twitter. Il est clair qu’il devient un canal incontournable au niveau professionnel, même si je pense que LinkedIn pourrait encore venir jouer les troubles fêtes avec son flux d’actualités et les groupes notamment au niveau de la génération de trafic de qualité.

    Par contre, je pense qu’il ne faut pas négliger la présence des adolescents, qui ne sont pas loin d’être aussi nombreux que les 55+, et qui ont le mérite de maitriser parfaitement les mécanismes sociaux de Twitter (on le voit avec les hashtags “douteux par exemple).

    Bonne journée à tous

  2. Posté par Benjamin a dit : le

    Bonjour

    Il n’y a pas d’étude pour confirmer ce que je vais dire mais de part l’utilisation, quand on voit la nature des Trendings Topics on peut vite se donner une idée des utilisateurs

  3. Posté par Stéphane Ozil a dit : le

    Autre élément d’analyse, l’étude de l’Observatoire des réseaux sociaux IFOP, qui révélait en novembre 2012 que 89% des français connaissaient Twitter, quand seulement 12% disaient y être inscrits. Si l’on confronte ces chiffres à la dynamique dont faisait part Katie Stanton, responsable du développement international de Twitter, à LeWeb, à savoir une augmentation de 150% d’inscrits en France en un an, alors on prend la mesure de la marge de progression que conserve Twitter en France, et de l’impact qu’elle aura lors des mois prochains.

  4. Posté par Vincent Blanc a dit : le

    L’utilisation de Twitter en mode professionnel est évidente. Il complémente voire remplace les fils RSS qui n’ont jamais véritablement réussi à s’imposer dans les usages. C’est un outil de veille premier niveau particulièrement utile (je préfère toutefois un bon lecteur de flux RSS qui permet de gérer beaucoup efficacement l’infobésité).

    D’autres usages professionnels sont particulièrement intéressants avec les fonctionnalités de twitter. Je pense tout particulièrement aux live tweets lors d’une conférence par exemple.
    Les relations presse sont aujourd’hui devenues plus efficaces sur Twitter que sur les messageries personnelles des journalistes.

    Twittant entre autre à destination des jeunes 18-24 ans pour le compte d’une école, je constate que l’usage de Twitter par cette population est plutôt celui de relais d’opinion réservé essentiellement à des profils type « engagé » (culturel, social, politique, associatif…).

    Twitter est tout à fait à l’image de l’Agora du monde antique ou du forum romain : un centre d’échange public et démocratique où la participation nécessite un minimum d’implication sociale. Cela peut expliquer en partie son attractivité auprès des « adultes » et des « professionnels ».

  5. Posté par clemchv a dit : le

    Cet article fait malheureusement l’impasse sur la 2nde statistique intéressante de l’étude : +62% chez les 15-24, qui eux a priori, n’entrent pas, pour leur majorité, dans la catégorie “utilisateurs pro”. L’extrapolation vers une éloignement du grand public me parait donc peu probable et ce même à court terme. Notamment au vu du succès du couplage Twitter/TV.

  6. Posté par Frédéric Cavazza a dit : le

    Très juste, les trending topics sont en effet un bon indicateur du niveau d’activité des moins de 25 ans. Pouvons-nous envisager à grande échelle une cohabitation entre ces deux populations ? Voilà une question difficile à répondre…

  7. Posté par Jean-Christophe Gatuingt a dit : le

    Est-ce que ComScore prend en compte l’audience mobile (de l’app Twitter notamment) ?

    Les – de 25 ans sont très présents sur Twitter, et sont les plus actifs. Pour preuve, les Trendings Topics, ou les nombres de RT de https://twitter.com/zeiimm/status/288735577631760385 ou https://twitter.com/Omar__SyFr/status/288393716945801216

    Attention au bias de ses “followings”.

  8. Posté par margot唐 a dit : le

    Merci de cet article qui synthétise si bien quelques tendances récentes de twitter. En France c’est vrai qu’on a une utilisation beaucoup plus professionnelle de twitter qu’en Chine, par exemple, où tout le monde y parle de tout et de rien, états d’âme et politique inclus (si!). Petite question: est-ce que les twittos de plus de 55 ans sont des utilisateurs actifs?

  9. Posté par ElleB a dit : le

    Merci pour cette article !
    Concernant la maturation de twitter, je suis surprise par la moyenne d’age car je trouve que les TT sont souvent très encombrées de “truc de jeune” … mais c’est vrai qu’elle ne recense pas la qualité, mais la quantité !
    A quand une politique qui calcule plutôt les conversations, ou nombre de retweet, voir un outil de recherche plus performant avec des TT par secteur d’activité … !

  10. Posté par Gabriel Dabi-Schwebel a dit : le

    Frédéric,

    Concernant les plus de 55 ans sur Twitter, je ne suis pas sûr que votre explication soit suffisante.

    Dans ma vie antérieure j’ai été directeur délégué du Pôle TV de Lagardère y compris la chaîne Gulli dont le coeur de cible est les enfants en journée et la famille en soirée, et malgré ce positionnement les statistiques d’audience non corrigées soulignaient une part significative de plus de 55 ans.

    La raison à cela c’est qu’ils ont le temps et qu’ils sont beaucoup devant la TV mais aussi de plus en plus sur Internet et les réseaux sociaux. Ce n’est vraiment pas une cible à négliger d’ailleurs.

    Au plaisir d’en discuter.

    Bien cordialement,

    Gabriel Dabi-Schwebel
    http://www.1min30.com
    06.73.55.17.36

  11. Posté par Victorien a dit : le

    L’étude de ComScore est biaisée car elle ne prend en compte que l’audience du site Internet Twitter, ce qui explique en partie ces résultats.
    Il manque la grosse audience mobile au sein de laquelle les 15-35 ans sont beaucoup plus présents.

  12. Posté par Mélanie a dit : le

    Bonjour,

    Tout d’abord merci pour cet article. Il toujours bon d’avoir des retours démographiques sur l’utilisation de certains réseaux.

    Il est vrai, et pour l’avoir testé avec certains clients, qu’il est beaucoup plus facile de construire un message et un positionnement sur Twitter. C’est un média qui est beaucoup plus orienté “information” qu’utilisateur. Une marque peut donc y avoir une certaine crédibilité ; tant soit peu qu’elle ait des valeurs ou un positionnement précis à défendre.

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