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MédiasSociaux.fr Dangers du Cloud E-commerce Le professeur est-il devenu simple prestataire de service ?
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Polémiques
MédiasSociaux.fr Dangers du Cloud E-commerce Le professeur est-il devenu simple prestataire de service ?

Le professeur est-il devenu simple prestataire de service ?

2 Déc 2019

La France a inventé le concept de citoyen en 1789 : La société et les institutions se sont construites autour de l’idée de liberté, d’égalité, de fraternité et de bien d’autres choses remarquables centrées autour de l’homme.

La question que je pose aujourd’hui est de savoir si le personnage central de 2020, et plus particulièrement dans les salles de classes, est encore le citoyen ou s’il a été remplacé par le consommateur, personnage central de la société d’hyper consommation dans laquelle nous sommes entrés à la toute fin des années 1980.

La mondialisation a modifié le système de récompense du citoyen

Toute société est structurée autour d’un mythe ou d’une réalité. La réalité de la France des années 2020 est la consommation, pas la citoyenneté. Je vous invite à cliquer sur ce lien afin de lire l’article que j’ai rédigé pour découvrir par quels processus économiques le citoyen Français s’est transformé en consommateur Roi, hyper exigeant et auto-centré sur son plaisir de consommer.

Le système de récompense avant la mondialisation

Le système de récompense est parfaitement documenté dans la littérature médicale : Quand une personne manque de quelque chose, ce manque se transforme en désir, qui pousse la personne à se mettre à l’ouvrage et à travailler pour le réaliser. Une fois le projet achevé, le manque est comblé, le désir devient réalité et crée une récompense, source de plaisir.

Entre la fin de la seconde guerre mondiale et la fin des années 80, il fallait travailler pour acheter  des objets du quotidien, une machine à laver, un téléphone ou une voiture. La relation entre le manque, le désir, le travail, la récompense et le plaisir était très claire, même si elle était souvent « non dite » : Il fallait travailler pour jouir de la société de consommation.

Mutation du système économique à la fin des années 80

Au milieu des années 80, Carrefour a fait fabriquer un magnétoscope VHS en Chine et l’a vendu 2 fois moins cher qu’un produit identique fabriqué en France. Le résultat a été immédiat, le stock s’est vendu en quelques jours. Mais à l’époque, Carrefour n’a été qu’un innovateur, car tous les industriels avaient compris que la mondialisation était en route et qu’il fallait produire en Chine pour faire passer un produit de 500€ à 50€ en boutique.

  • Du côté des producteurs, c’est « produire en Chine pour répondre à la demande de prix très bas ou mourir faute d’offre qui réponde à cette demande »
  • Du côté des consommateurs, c’est « je refuse de savoir que ces produits sont fabriqués par des enfants, je refuse de voir que les conditions de production pillent la planète de ses ressources et la polluent, je refuse de voir que le déficit commercial avec la Chine est abyssal », mais tout ceci est un autre débat que je ne vais pas développer dans cet article

En 2020, le citoyen est devenu le « Consommateur Roi » qui se rue sur le Nutella à l’approche d’une rupture de stock à cause d’une grève dans les usines.

Mondialisation et système de récompense

Un excellent reportage de Julien Bugier (France 2) sur le E-commerce Chinois a été diffusé au début de 2019. On y montrait une mère de famille de 35 ans, assise dans son canapé entre ses 2 enfants d’une dizaine d’années, connectée sur Aliexpress, le principal site de E-commerce Chinois. La mère demandait à son fils : « Allez, prends ce petit pochoir, ça n’est pas cher, ça ne vaut que 2 euros ». Elle posait ensuite la même question à sa fille : « Veux tu ces pinceaux ? C’est 1,5€, profite en ! Ca n’est pas cher sur Aliexpress ».

Les conséquences économiques de l’arrivée d’Aliexpress et des autres acteurs Chinois du E-commerce en Europe vont être catastrophiques pour l’économie Française. Je vous invite à cliquer sur ce lien pour lire un article que j’ai rédigé sur ce sujet, car je ne vais pas développer l’aspect économique dans cet article.

Si on analyse cette scène banale entre une mère et ses enfants sous l’angle de la transmission d’une génération à la suivante, voici ce que transmet cette mère à ses enfants : « Tu n’a pas besoin de te fatiguer mon chéri. Pour consommer, il te suffit de t’asseoir, de prendre ta tablette et d’acheter. C’est plaisant, pas fatiguant et on n’a pas besoin de faire d’effort pour être satisfait. N’oublie jamais que tout vendeur considère ses clients comme des Rois, rappelle toi de cet adage : « Le client est Roi ».

« Ta sœur, toi et moi sommes les clients Français des marques, nous sommes des Rois, nous sommes au centre de la mondialisation, nous sommes les plus importants du système, car un vendeur n’existe pas sans client. Tous les fabricants cherchent à nous satisfaire et à nous donner du plaisir, car on a de l’argent pour acheter leurs produits. Si les fabricants n’arrivent pas à nous satisfaire, si leurs produits sont trop chers ou pas assez bien pour nous, ils disparaîtront car on ne leur achètera plus rien. Nous avons le pouvoir de détruire les marques, nous sommes les consommateurs tout puissants, nous sommes tout puissant ! ».

Cette scène banale de la consommation moderne montre clairement que le système de récompense a muté au fur et à mesure du développement de la mondialisation des échanges commerciaux.

En 2020, nous n’avons plus besoin de faire le lien entre manque, désir, travail, récompense et plaisir. Le mode de fonctionnement du consommateur Roi s’est raccourci pour ne laisser que le lien « désir – plaisir ». Il n’y a plus aucun lien entre travail et récompense, la pensée magique a fait son apparition : « J’ai envie de cet objet, il arrive tout seul, car j’ai de l’argent, je suis le Roi tout puissant ».

Le citoyen du monde occidental en général et Français en particulier est devenu un névrosé obsessionnel de la consommation. Il tire une jouissance et une toute puissance infantile infinie à acheter, d’autant plus qu’il en a les moyens financiers, car le delta entre son salaire net et le prix des produits fabriqués en Chine le lui permet : Une machine à laver le linge fabriquée en France valait au minimum 2 à 3 mois de salaire en 1950. Ca n’était pas un produit de luxe, mais ça n’était pas un produit de grande consommation. Le produit équivalent valait entre un 1/2 et 1 mois de salaire en 1980 et ne vaut que 2 à 3 jours de salaire en 2020. Un téléphone valait environ 3 jours de salaire en 1980 contre 2 heures de travail en 2020.

Tous les Biens et services du quotidien ont basculé de cette manière et sont devenus des produits de grande consommation.

Quel est le comportement du consommateur Roi dans les salles de classe ?

Une salle de classe en 1970 était composée d’un professeur et d’élèves ou d’étudiants. Le professeur transmettait son savoir à de futurs citoyens.

Un Roi n’a rien à voir avec un élève de classe sociale inférieure, il ne peut donc pas être initié par un professeur, mais par un précepteur. Cette première mutation est apparue dès le début des années 1990, dans la première décennie de la mondialisation. Nous avons tous observé la transformation du comportement des élèves : L’affaire du voile au Collège de Creil en 1989, les colères incontrôlables de certains parents contre les enseignants qui donnaient de mauvaises notes à leurs enfants, les comportements irrespectueux pendant les cours, etc.

Depuis l’arrivée du E-commerce au début des années 2000 et l’abondance effrénée qui s’en est suivie, la transformation du citoyen en consommateur Roi s’est fortement accélérée. En matière d’éducation, le regard que les élèves portent sur leurs enseignants a donc naturellement une nouvelle fois évolué : Le précepteur des années 1990 s’est transformé en simple prestataire de service dans le regard de nos chères têtes blondes.

Comment se comporte un « élève-consommateur Roi » avec un « enseignant-prestataire de Service » ?

Pour trouver la réponse à cette question, il suffit de lire l’actualité au hasard des pages : Un élève qui menace un enseignant avec une arme pour amuser ses amis, comme le roi le faisait avec son bouffon, un autre donne des coups de poings au professeur qui lui donne une mauvaise note, car un Roi ne peut pas être mis en défaut, des parents d’élèves se mettent en colère quand un enseignant leur explique que leur enfant n’a pas le niveau, car un Roi est toujours le meilleur, etc.

Chaque enseignant peut nous raconter une ou plusieurs histoires qui vont dans ce sens.

N’oublions pas non plus que le système politique a été complice de cette transformation pour n’avoir rien voulu voir et pour avoir accepté d’être lâche pour assurer sa réélection : 80% d’une classe d’âge à obtenir le bac, c’est une idée généreuse d’un point de vue républicain et citoyen, mais c’est une catastrophe sur le psychisme de nos enfants consommateurs. Comme on ne peut pas décevoir un Roi, le système a baissé les bras.

N’oublions pas que les moins de 20 ans d’aujourd’hui seront les dirigeants du monde de demain. Comment la France sera-t-elle gérée ? Comme une royauté ? Comme une multitude de royautés ou de seigneuries qui se font la guerre entre elles comme au moyen âge ?

Ma conclusion est que cela ne sert plus à grand chose d’investir des centaines de millions d’euros chaque année pour nourrir les esprits de nos jeunes citoyens en cherchant des solutions dans une nouvelle manière d’enseigner. Il serait plus efficace de travailler sur la névrose collective des jeunes générations. Mais pour cela, il faudrait changer en profondeur le système économique mondial, ce qui me paraît totalement impossible. Ça n’est pas 80 millions de Français qui vont empêcher 7 milliards d’humains à rêver de devenir consommateurs.

Seule une crise d’envergure mondiale pourrait changer ce paradigme. N’oublions pas que  la fin de la mondialisation est inscrite dans son processus commercial, c’est mathématique et ça va arriver. La crise va être forte, extrêmement puissante et se déclencher dans les années qui viennent. Le prochain jeudi noir va mettre un terme brutal à la folie consommatrice des hommes et peut être sauver nos jeunes générations de leur névrose de toute puissance.

 

Auteur de l'article : Jean François Boscher

Directeur Général MediasSociaux.fr

Jean-François Boscher
Jean François Boscher est expert en référencement naturel